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Meg Rosoff vous a répondu !

23/01/2009


Meg Rosoff a répondu à vos questions ! Découvrez ci-dessous ses réponses surprenantes et drôles sur son travail d’écriture, ses sources d’inspiration ou encore ses futurs projets.

Et si vous préférez lire l’interview en version originale, cliquez ici.


1 - À quel âge avez-vous commencé à écrire ? et pourquoi, après avoir exercé un autre métier, avoir décidé d’en faire votre métier ?

M.R : J’ai toujours été écrivain, mais je ne me suis lancée dans les histoires et les livres qu’à 45 ans, car si j’estimais avoir une excellente plume, je me considérais comme une conteuse épouvantable. Dès lors, je ne pensais pas être capable de devenir un jour un « véritable » écrivain. Tous les métiers que j’ai faits – éditrice, publicitaire, chargée de relations publiques, attachée de presse politique – se sont révélés un excellent apprentissage en matière d’écriture. Néanmoins, aucune de mes expériences professionnelles ne m’a rendue pleinement heureuse, jusqu’à ce que je me mette à écrire pour de bon. Il a fallu que je sois renvoyée à six reprises de divers emplois dans la publicité à cause de mon mauvais esprit pour que je finisse par comprendre que je n’étais peut-être pas taillée pour ce domaine ! Par la suite, j’ai découvert qu’il ne m’était pas nécessaire d’être bonne scénariste pour écrire, dans la mesure où je suis un auteur essentiellement centré sur ses personnages. J’en ai été la première étonnée, bien que j’aie toujours préféré les œuvres plus axées sur les personnages que sur l’intrigue. Je n’étais sans doute pas assez sûre de moi pour décréter : « Maintenant, je vais écrire un livre. » Il ne m’était pas venu à l’esprit que je pouvais arriver à un résultat digne de ce nom.

2 - Vos livres abordent des thèmes tragiques, d’une manière très sombre et très violente parfois, vos héros subissent en général un traumatisme et doivent se reconstruire mais ils n’en ressortent jamais indemnes, d’ou vous vient votre inspiration, comment naissent vos histoires ?

M.R : J’ai conscience du côté sombre de mes livres que, pourtant, je trouve souvent drôles aussi. Je ne crois pas que quiconque puisse échapper aux traumatismes de l’existence, et plus l’on vit vieux, plus cette vision des choses s’impose comme certitude. J’aime écrire sur ceux que les traumatismes rendent plus forts, plus sages et qui continuent leur chemin, en dépit des pertes qu’ils ont subies. Il faut croire que telle est ma vision de la vie.

3 - Techniquement, comment procédez-vous pour écrire vos histoires ? Combien de temps vous faut-il pour écrire un livre ? Ecrivez vous tous les jours ?

M.R : Presque toujours, je commence par dessiner un ou deux personnages, ainsi qu’une espèce de plan narratif – un début et une fin –, puis je passe des mois à rédiger le milieu, à tâtonner afin d’échafauder une intrigue. Dans la mesure du possible, je travaille quotidiennement, même si j’ai tendance à remettre au lendemain ce que je pourrais écrire aujourd’hui. Je suis plutôt rapide et efficace, mais il m’arrive de me retrouver enlisée dans mon histoire. Dans l’absolu, un ouvrage ne devrait me demander que quelques mois s’il m’était possible d’y consacrer tout mon temps, ce qui n’est pas le cas, car j’ai une fille, un mari, deux chiens et que je dois faire face aux multiples obligations d’un écrivain professionnel, lesquelles, paradoxalement, semblent impliquer toutes sortes de choses AUTRES que l’écriture. Je m’efforce donc d’écrire un livre tous les 12 ou 18 mois. L’idéal serait de ralentir le rythme. Je suis un peu effrayée par l’obligation de rédiger un roman par an avant d’être complètement sénile.

4 - Comment imaginez vous vos personnages ? Vous inspirez-vous de personnes réelles que vous avez rencontré ou sont ils purement fictifs ?

M.R : Tous mes personnages sont inspirés par des expériences que j’ai vécues et par des gens que j’ai croisés. Pour autant, je ne saurais faire d’une personne existante un personnage, car ce dernier serait alors dénué de la « réalité » propre aux héros fictifs. Ces derniers sont très différents des personnes réelles, comme la fiction l’est de la vraie vie. Il n’empêche que, à 52 ans, j’ai connu bien du monde et été confrontée à bien des situations. Tout cela a marqué mon esprit et a reposé, mûrissant dans l’attente d’être mélangé et utilisé pour nourrir un livre. Je pense que l’expérience est très utile à l’écriture – un métier où vieillir est positif. Avec l’âge, on devient vraiment plus sage (à condition d’être chanceux !)

5 - Vos personnages dans vos livres sont toujours des adolescents et par la même, vos livres s’adressent à un public adolescent, est-ce un choix de votre part ? Ecrivez-vous dès le départ pour eux ?et si oui, pourquoi ?

M.R : Je ne pense jamais vraiment à mes lecteurs. J’écris pour moi. Je m’intéresse à l’adolescence parce que c’est un âge marqué par les bouleversements, une sensibilité à fleur de peau et, peut-être, une complaisance envers soi-même et une absence d’avenir. L’extrémisme permet de bâtir des personnages passionnants et de créer des situations bien particulières ; les périodes de transition existentielle sont intrinsèquement théâtrales. Il m’arrive de penser que c’est l’adolescence qui m’a choisie plutôt que le contraire. Les romans mettant en scène des personnages au sortir de l’enfance m’ont toujours attirée : Orgueil et Préjugés de Jane Austen, Le Temps de l’Innocence d’Edith Wharton, Tess d’Uberville de Thomas Hardy. La plupart des romans classiques mettent en scène des héros ou des héroïnes fraîchement marié(e)s ou au seuil de l’âge adulte.

6 - À propos de Maintenant c’est ma vie : pourquoi avoir choisi d’aborder le thème de La Guerre ? est-ce quelque chose qui vous a personnellement particulièrement marqué ?

M.R : J’ai écrit Maintenant c’est ma vie en pleine invasion de l’Irak par les troupes américaines et britanniques. C’était une époque de grande insécurité, où tout le monde s’interrogeait sur les conséquences mondiales d’une nouvelle guerre. Je n’en trouve pas la fin si triste ; elle était même censée être optimiste et revendiquer véritablement l’espoir et la passion – nous savons que Daisy restera avec Edmond et que, quoi qu’il arrive, elle l’aidera à se reconstruire. Parfois, je me pose des questions sur la manière dont mes livres sont traduits ; je me demande si certains détails n’ont pas été accentués par rapport à mes intentions premières. Je lis le français, mais pas particulièrement bien et, maintenant, il va falloir que je rejette un coup d’œil à la fin du roman ! Je sais que quelques-uns ont jugé triste que Daisy soit coincée au côté d’Edmond, qui est si abîmé. Personnellement, je ne vois pas du tout les choses ainsi. On a tendance à juger les amours adolescentes comme fugaces, éphémères, mais elles sont parfois plus profondes et réelles que les amours plus tardives.

7 - Dans Ce que j’étais, pourquoi avoir choisi de commencer le livre en dévoilant la fin ?

M.R : Pour moi, il est important que Ce que j’étais ne soit pas lu « au présent ». Autrement dit, je souhaitais dès le départ que le lecteur comprenne que l’histoire est racontée par un homme qui contemple sa jeunesse. Cela m’a donné la liberté de raconter un premier amour en l’imprégnant de la sagesse du grand âge. Je crois que Ce que j’étais évoque plus le regard sur la vie déjà vécue qu’il ne narre l’éclosion d’un amour de jeunesse. On ne peut jamais prédire comment une histoire d’amour influencera la vie future. Parfois, ses échos continuent de résonner pendant des décennies.

7 bis - Quand vous commencez à écrire un livre savez vous toujours quelle en sera la fin ?

M.R : En général, je sais comment il se terminera ; en revanche, je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passera dans chaque chapitre. Ecrire est effrayant, car je me demande toujours si je suis capable d’inventer une intrigue qui tienne la route. Lorsqu’on a une vague idée de là où l’on veut en venir, cela présente au moins l’avantage de donner un but au voyage !

8 - Qu’aimeriez-vous que vos lecteurs retiennent de vos livres ?

M.R : J’aimerais que mes lecteurs se souviennent de l’intensité émotionnel de mes ouvrages et – pourquoi pas ? – de leur excentricité. Les héros doués d’un talent étrange et unique se distinguent de la masse ; mais cela leur donne peut-être aussi le sentiment d’être des exclus. J’aimerais aussi que mes lecteurs saisissent à quel point l’amour et les relations sont essentiels.

9 - Quels sont vos auteurs ou vos livres préférés ?

M.R : Il y en a trop pour tous les citer ! J’adore Jane Austen, Cormac McCarthy, Dostoïevski, Samuel Beckett, Graham Greene, Andreï Kourkov, Amélie Nothomb, Shakespeare, les explorateurs européens du début du 20e siècle… Je pourrais poursuivre à l’infini comme ça…

10 - Sur quoi travaillez vous en ce moment, quels sont vos futurs projets ?

M.R : Je viens de terminer un roman qui s’intitule The Bride’s Farewell (littéralement, Les Adieux de la Mariée [ndt]), qui se déroule dans les années 1850, au cœur de la campagne anglaise. Il s’inscrit un peu dans la lignée de Thomas Hardy, mais en moins dramatique. Il est plein de chiens et de chevaux, de braconniers et de gitans. Celui que je viens de commencer s’appelle There Is No Dog (littéralement, Il n’y a pas de chien [ndt]) et a pour sujet Dieu, lequel se révèle être un garçon de 19 ans. C’est ma première œuvre comique, même si, en même temps, il y a des passages très sombres – la marque de tous mes livres.

Traduction de Luc Rigoureau

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