04/03/2009
La Rose écarlate est au départ une Bande Dessinée à succès créée en 2005 par Patricia Lyfoung qui en signe le texte et l’illustration. Elle est aujourd’hui l’objet d’une très belle adaptation littéraire signée Sarah K.
Découvrez comment l’univers de la Rose écarlate a été adapté sur deux médias différents, le roman et la BD, à travers les interviews de leurs auteurs respectifs : Sarah K. et Patricia Lyfoung.
Comment est née l’histoire de la Rose écarlate ? Quelle a été votre inspiration ?
Petite, je regardais les dessins animés japonais dans le « Club Dorothée » et sur la Cinq. Ce sont ces dessins animés qui m’ont donné envie de dessiner. Je me suis beaucoup inspirée du dessin animé « Lady Oscar » pour la Rose écarlate. J’étais fascinée par les grandes robes et le romantisme qui s’en dégageait. Mais dans la Rose écarlate, je me suis inspirée également des films de cape et d’épée comme « La Tulipe noire ». La Rose écarlate est marquée par toutes ces influences et je l’ai dessiné comme la BD que j’aurais voulu lire adolescente. Avec de l’aventure et du romantisme !
Comment décririez-vous le personnage de Maud tel que vous l’avez vous-même imaginé ?
Maud est pour moi, comme une espèce d’idéal : elle agit avant de réfléchir, elle fonce toujours tout droit, contrairement à moi ! Elle a une vraie force de caractère, elle ne se laisse pas faire mais malgré tout, elle reste très fleur bleue. Je crois que finalement le plus important, c’est qu’elle suit ses rêves et qu’elle croit en ce qu’elle fait. Ensuite, elle a quelques défauts, mais qui ne la rendent que plus attachante. C’est important que les personnages aient aussi des défauts, ça les rend plus humains !
Comment avez-vous procédé pour créer l’univers : est-ce que ce sont les dessins qui s’imposent en premier ou le scénario, l’écriture ?
Pour créer la Rose écarlate, j’ai dessiné en même temps que j’imaginais l’histoire. Je voulais dessiner une héroïne masquée, ensuite il a fallu lui inventer un passif, un caractère, un but... Puis en dessinant, on a envie de créer de nouveaux personnages, créer des situations burlesques, et l’écriture permet de tout relier. Donc, pour ma part, j’ai fait les deux en même temps.
Le roman s’appuie sur le texte par excellence, alors que la Bande Dessinée privilégie l’image, chaque média a ses contraintes, quelles sont les limites que vous avez pu rencontrer dans le format de la BD ?
Dans la BD, en général, on travaille dans un format imposé, le 46 pages couleur. Il faut raconter un maximum de choses dans ce format et parfois, on est obligé d’écourter des scènes, etc. Donc il faut pouvoir gérer un maximum d’informations tout en essayant de rester fluide. Le roman, je pense, permet de prendre beaucoup plus son temps pour installer des atmosphères, par exemple.
Quel regard portez-vous sur le travail de Sarah K. ?
Sarah est un écrivain, moi, je fais de la BD. Au niveau technique, je suis incapable de la juger, vu qu’elle maîtrise les mots et moi, les images. Par contre, au niveau des idées, on peut en parler ensemble. Finalement, c’est très surprenant de voir comment notre travail peut être perçu par les autres.
Selon vous a t-elle réussi à préserver l’esprit de la Rose écarlate ?
Sarah a conservé l’esprit de la BD mais tout me semble plus adulte. C’est drôle quelque part, car au début du projet BD, je pensais faire une BD plus adulte, justement. Du coup, le roman rejoint cette première idée. C’est beaucoup plus violent et aussi romantique, les personnages sont plus mûrs, tout en gardant les traits de caractères qu’ils ont dans la BD.
À votre avis, les mots peuvent-ils se substituer aux images ?
Ce sont deux moyens d’expressions différents. Chacun a ses particularités. Pour parler d’un sentiment profond, par exemple, c’est vrai que les mots correspondront plus facilement. Pour une mimique rigolote, un dessin parlera plus. Je pense que les mots, dans le cadre de ce roman, apportent une autre dimension au dessin, mais surtout à l’histoire.
Un petit mot pour vos lecteurs ?
Le roman de Sarah apporte des révélations par rapport à la BD, donc je leur conseillerais d’attendre un tout petit peu la fin de la BD avant de commencer le roman ! Ah, en même temps, son roman est super, je ne peux pas les empêcher de le lire !! Quel dilemme !!
Qu’est-ce qui vous a séduite en premier dans la Rose écarlate ?
L’univers de cape-et-d’épée, la vivacité de l’héroïne, et la capacité du dessin de Patricia Lyfoung à moderniser le tout. Restait à trouver la plume capable de reproduire cela dans le genre romanesque. Cécile Térouanne m’a proposé ce travail suite à celui que nous avions fait ensemble, il y a trois ans, autour de la récriture d’une nouvelle tirée des Diabolique de Barbey d’Aurevilly : Une histoire sans nom. Cécile avait apprécié ma façon de me fondre dans la matière de Barbey tout en me l’appropriant et en lui restituant une nouvelle modernité.
Plus qu’une simple novélisation qui reviendrait à retranscrire identiquement l’action qui se déroule dans les images, votre roman peut être qualifié d’interprétation littéraire tant il explore des recoins qui ne sont pas dévoilés dans la Bande Dessinée : quelle est la part de liberté que vous vous êtes octroyée dans cette adaptation ? et les choses auxquelles vous avez essayé de rester, le plus possible, fidèle ?
L’adaptation exigeait que je réécrive une histoire qui, si elle pouvait être lue dans le cadre d’une BD, demandait à être étoffée pour constituer une trame romanesque : il faut bien pallier l’absence d’images avec des mots ! J’ai tenté de rester le plus fidèle possible au caractère des deux héros : Maud et Guilhem. En revanche, j’ai abandonné certains personnages et j’en ai créé d’autres.
Quelles ont été vos contraintes ?
Le cadre historique. J’ai dû faire toutes sortes de recherches, mais ça m’a passionnée !
À votre avis, les mots peuvent ils se substituer aux images ?
Sans parler de substitution, je pense que les mots peuvent recréer des images, mais en faisant appel à une autre forme d’imaginaire chez le lecteur. Lequel lecteur, lui, reste bien le même, mais aborde l’histoire de deux points de vue différents !
Techniquement, comment avez-vous travaillé pour vous réapproprier une histoire imaginée et dessinée par quelqu’un d’autre ? Qu’est ce qui a été pour vous le plus difficile ?
La première étape a été l’élaboration d’un synopsis. Il fallait revoir les enchaînements, les transitions : dans la BD tout va très vite ! Une fois ce synopsis achevé, je suis passée à la phase de rédaction, j’ai taché de soigner tout particulièrement mon travail d’écriture, et c’est essentiellement là que se situait ma part de liberté.
Comment décririez vous le personnage de Maud tel qu’il apparaît dans le roman ?
Pour l’instant, dans ce tome 1, et de mon point de vue de romancier, Maud n’est qu’en "gestation", en formation. Elle suit d’ailleurs une période d’initiation. Dans le tome 2 que je viens de terminer, elle grandit pour de bon, mais je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer la lecture… et je peux vous annoncer que dans un éventuel tome 3, elle prendrait toute son épaisseur et encore plus d’ampleur !
Plus que la Bande Dessinée encore, le roman fait la part belle à l’Histoire et notamment au secret des Templiers, est-ce un axe que vous avez choisi de développer dès le départ ?
Oui. Dans la BD, c’est un argument qui est très peu développé. Pour ne pas rester dans l’esprit d’un roman historique trop classique, qui risquait d’ennuyer le lecteur, j’ai choisi de caler mon récit sur la légende des Templiers. Cela m’a permis d’apporter une touche de mystère et de fantastique au roman… une fois encore, il faut créer du spectacle dans les mots en lieu et place des images !
Un dernier mot pour vos lecteurs et futurs lecteurs ?
Bonne lecture !

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